Réchauffement : les régions arides pourraient perdre leurs ressources en eau beaucoup plus vite que prévu

Plus de 60 % des précipitations sur les terres émergées retournent dans l’atmosphère par évapotranspiration, c’est-à-dire l’évaporation de l’eau par les plantes lors de la photosynthèse. Dans les régions arides, ce chiffre peut atteindre près de 100 %. Les régions arides, comme celles où se situe Israël, seraient plus proches du seuil critique écologique qu’on ne le pensait. Un indicateur pourrait mieux expliquer l’évolution de l’eau dans un contexte de changement climatique. « Combien de pluie est tombée ? » est une question essentielle dans tout débat sur le climat. Mais il en existe une encore plus importante. À l’instar d’un budget familial, l’économie mondiale de l’eau repose sur deux notions : les « apports », c’est-à-dire l’eau qui entre dans le système sous forme de précipitations, et les « pertes », soit l’eau qui quitte le système par diverses formes d’évaporation. Sur terre, l’eau s’évapore principalement par la végétation, un processus appelé évapotranspiration. Dans leur étude, des scientifiques de l’Institut Weizmann des Sciences ont découvert que, contrairement aux hypothèses précédentes, l’évapotranspiration possède une limite supérieure stable, qui reste constante quelles que soient les conditions climatiques et de végétation.

(l-r) Dr. Eyal Rotenberg and Prof. Dan Yakir

Cette découverte de la faible flexibilité des pertes a des implications majeures pour le cycle global de l’eau. Cela signifie que même une variation relativement faible des précipitations, par exemple en raison du changement climatique, pourrait se traduire par des modifications disproportionnées du « rendement en eau », c’est-à-dire la différence entre l’eau qui entre dans le système et l’eau perdue par évaporation. Autrement dit, les régions arides pourraient perdre leurs ressources en eau disponibles beaucoup plus rapidement, tandis que les régions plus humides pourraient être confrontées à un risque accru d’inondations et de crues soudaines. L’équipe de recherche, dirigée par le Dr Eyal Rotenberg, chercheur au sein du groupe du Pr Dan Yakir, lauréat du prix Israël, titulaire de la chaire professorale Hilda et Cecil Lewis, a fondé son étude sur des projections issues de modèles climatiques et sur des données à long terme provenant de FLUXNET, réseau mondial de stations de mesure réparties sur des centaines de sites à travers le monde, qui surveille les échanges de carbone (CO₂), d’eau et d’énergie entre les écosystèmes terrestres et l’atmosphère depuis les années 1990.

Leurs conclusions remettent en question les hypothèses généralement admises dans ce domaine et suggèrent que, pour comprendre les impacts du changement climatique sur les écosystèmes et les ressources en eau, les variations de la disponibilité en eau constituent un indicateur plus pertinent que les seules précipitations. « Cet indicateur révèle que les écosystèmes des régions arides, comme Israël, sont plus sensibles au changement climatique qu’on ne le pensait et se rapprochent de leur seuil de survie », explique Dan Yakir. « Les régions humides, en revanche, sont plus vulnérables aux inondations.»

Publications dans Nature Communications 23 novembre 2025

Traduit et adapté par Esther Amar pour Israël Science Info