Université Ben Gourion : un gène joue un rôle crucial dans la construction et le maintien de ses  défenses immunitaires

Un gène cutané essentiel à la première ligne de défense immunitaire Une nouvelle étude de l’Université Ben Gourion révèle comment les cellules de la peau « nourrissent » les cellules immunitaires et ce qui se passe lorsque ce processus est perturbé. Des chercheurs de l’Université Ben Gourion du Néguev (BGU) ont découvert qu’un gène, connu depuis longtemps pour son rôle dans la formation de la barrière physique de la peau, joue également un rôle crucial dans la construction et le maintien de ses défenses immunitaires. Ces résultats révèlent un mécanisme jusqu’alors inconnu reliant le développement de la peau à la protection immunitaire et offrent de nouvelles perspectives sur les maladies inflammatoires de la peau telles que le psoriasis et la dermatite atopique. L’étude montre que le gène ZNF750, actif dans les kératinocytes, est essentiel non seulement à la formation d’une peau saine, mais aussi au soutien des cellules de Langerhans, des cellules immunitaires spécialisées présentes dans la couche externe de la peau et qui agissent comme sentinelles de première ligne contre les infections.

Les cellules de la peau n’agissent pas isolément. On considère souvent la peau comme une barrière passive, mais c’est aussi un organe immunitaire très actif. Pour que la peau fonctionne correctement, les cellules cutanées et les cellules immunitaires doivent se développer conjointement. Jusqu’à présent, les scientifiques ne comprenaient pas pleinement comment cette coordination s’opère. « Notre étude montre que les cellules cutanées soutiennent activement les cellules immunitaires », explique le Pr Idan Cohen, de la Faculté des sciences de la santé de l’Université Ben Gourion du Néguev (BGU), l’un des principaux auteurs de l’étude. « Elles ne se contentent pas de construire une barrière : elles créent un environnement propice à la survie et au développement des cellules immunitaires. » Les résultats des chercheurs À l’aide de souris génétiquement modifiées, les chercheurs ont supprimé le gène ZNF750 spécifiquement des cellules cutanées, sans affecter les cellules immunitaires.

Le résultat était frappant : • Les cellules immunitaires ont quasiment disparu de la couche externe de la peau. • La perte était particulièrement importante pour les cellules de Langerhans, qui jouent un rôle clé dans la surveillance immunitaire. • Les cellules immunitaires des couches plus profondes de la peau sont restées normales. Point important, les cellules immunitaires restantes étaient pleinement formées et fonctionnelles ; elles ne pouvaient tout simplement pas survivre à long terme dans la peau. « Cela nous a indiqué que le problème ne venait pas des cellules immunitaires elles-mêmes », explique le Pr Roi Gazit, co-auteur principal de l’étude. « Le problème était que la peau ne leur fournissait plus ce dont elles avaient besoin pour survivre.» Le signal manquant : l’IL-34 L’équipe a découvert que ZNF750 contrôle la production d’IL-34, une molécule libérée par les cellules cutanées qui agit comme un signal de survie pour les cellules de Langerhans. Sans ZNF750 : • Les niveaux d’IL-34 ont chuté brutalement. • Les cellules de Langerhans ont perdu leur système de soutien et ont progressivement disparu. En effet, ZNF750 agit comme un coordinateur principal, garantissant que la protection immunitaire se mette en place simultanément à la formation de la barrière cutanée.

Pourquoi c’est important pour la santé humaine

On sait déjà que les mutations du gène ZNF750 sont à l’origine de maladies cutanées héréditaires rares et sont liées au psoriasis, une maladie inflammatoire chronique. Le nombre de cellules de Langerhans est également réduit dans le psoriasis et la dermatite atopique, des affections caractérisées par un dysfonctionnement de l’immunité cutanée. « Ces découvertes permettent d’expliquer pourquoi les anomalies de la structure cutanée s’accompagnent souvent d’un dysfonctionnement immunitaire », explique le Pr Cohen. « Elles ouvrent également de nouvelles perspectives thérapeutiques : la restauration de signaux de soutien clés comme l’IL-34 pourrait peut-être contribuer à rééquilibrer l’immunité cutanée. » Au-delà des maladies de peau, l’étude met en lumière un principe biologique plus général : les tissus se construisent grâce à un dialogue constant entre les cellules structurales et les cellules immunitaires. Lorsque ce dialogue est perturbé, la maladie peut se développer.

Une nouvelle approche des barrières et de l’immunité

Ces recherches remettent en question l’idée reçue selon laquelle les barrières physiques et les défenses immunitaires se construisent séparément. « Nos travaux montrent qu’un seul gène peut coordonner les deux », conclut le Pr Gazit. « C’est un exemple frappant de la façon dont le corps intègre forme et fonction, et pourquoi la perturbation d’une seule partie du système peut avoir des conséquences considérables. »

Ces recherches ont été menées par Lotem Adar, Sony Sharma, Bar Schwartz et leurs collègues dans les laboratoires des professeurs Idan Cohen et Roi Gazit à l’Université Ben-Gourion du Néguev. Elles ont bénéficié du soutien de la Fondation israélienne pour la science (subventions n° 883/21 et 1908/21).

Traduit et adapté par Esther Amar pour Israël Science Info

Publication dans Cell Reports, 23 décembre 2025