Espèces invasives en Méditerranée : propagation alarmante du poisson-lion

Liban, Turquie, Chypre, Grèce, Italie… Le poisson-lion (ou rascasse volante), espèce spectaculaire mais redoutable, se propage aussi le long des côtes israéliennes, suscitant l’inquiétude croissante des scientifiques et des autorités environnementales. Prédateur invasif très agressif, ce poisson venimeux perturbe les équilibres fragiles des écosystèmes marins méditerranéens. Une nouvelle étude menée conjointement par l’Autorité israélienne de la nature et des parcs et l’Université de Tel Aviv, annoncée lors du congrès de l’Association israélienne des sciences marines en novembre 2025*, a été lancée afin d’évaluer s’il est encore possible de limiter sa prolifération et d’atténuer les dommages. Objectif : mieux comprendre l’ampleur de l’invasion du Pterois miles en Méditerranée et explorer des solutions concrètes pour en réduire l’impact écologique. Cette étude représente une étape cruciale pour tenter de contenir cette invasion avant qu’elle ne devienne incontrôlable. Si des solutions efficaces sont identifiées, elles pourraient servir de modèle pour la gestion d’autres espèces invasives dans la région et au-delà. Ce poisson, bien connu des plongeurs fréquentant les eaux d’Eilat en mer Rouge, est aujourd’hui considéré comme l’une des espèces invasives les plus problématiques au monde.
Son arrivée en Méditerranée s’inscrit dans un processus plus large de migration d’espèces marines depuis la mer Rouge, souvent via le canal de Suez. Cette migration « lessepsienne » (du nom de l’architecte du canal) a déjà conduit à l’installation de centaines d’espèces non indigènes dans le bassin méditerranéen. Selon les chercheurs, d’ici quelques années, ce sont des centaines d’espèces de poissons, de mollusques et de crustacés qui auront franchi cette frontière artificielle, modifiant profondément la biodiversité locale.
Le poisson-lion se distingue par la rapidité et l’efficacité de son expansion. Sa population connaît actuellement une croissance exponentielle, et il a été observé à des profondeurs allant jusqu’à 100 m le long des côtes méditerranéennes. Les scientifiques estiment que le rythme d’introduction de nouvelles espèces invasives en Méditerranée est particulièrement élevé, avec plusieurs nouvelles espèces s’établissant chaque année. Dans ce contexte, le poisson-lion apparaît comme un cas emblématique d’invasion réussie.
Les conséquences écologiques sont préoccupantes. Depuis la Floride, il a colonisé en 10 ans tout le golfe du Mexique puis a migré vers le sud où il a provoqué une catastrophe écologique. En tant que prédateur vorace, le poisson-lion se nourrit d’un grand nombre d’espèces locales, souvent sans rencontrer de résistance significative. Les poissons indigènes, qui n’ont pas évolué en présence de ce type de prédateur, deviennent des proies faciles. Cette pression accrue entraîne un déclin rapide de certaines populations, perturbant les chaînes alimentaires et l’équilibre global des écosystèmes marins. Des observations récentes ont notamment révélé une diminution drastique de certaines espèces locales de poissons, dont les effectifs ont chuté de manière alarmante. Cette situation met en évidence la nécessité d’une surveillance accrue et d’interventions ciblées, notamment dans les zones protégées où la biodiversité est particulièrement précieuse. C’est dans ce cadre que s’inscrit la nouvelle étude, qui prévoit des opérations de prélèvement ponctuel dans certaines réserves marines, comme celle de Rosh Hanikra-Achziv.
Les chercheurs impliqués dans le projet veulent analyser en détail la biologie du poisson-lion, notamment son anatomie, ses modes de reproduction et ses habitudes alimentaires. Une meilleure compréhension de ces paramètres est essentielle pour élaborer des stratégies efficaces de gestion de sa population. L’étude vise également à évaluer les interactions entre le poisson-lion et les autres espèces marines, afin de mesurer l’étendue de son impact.
Statut juridique : protégé en mer Rouge mais espèce invasive en Méditerranée
Un aspect important de cette problématique réside dans le statut juridique du poisson-lion. Alors qu’il est protégé dans son habitat naturel en mer Rouge, il est considéré comme une espèce invasive en Méditerranée. Sa pêche y est donc autorisée, bien que réglementée, notamment dans les zones situées en dehors des réserves naturelles. Cette différence de statut reflète la complexité de la gestion des espèces dans des environnements distincts. D’un point de vue biologique, le poisson-lion est capable de s’adapter à des conditions environnementales variées, en termes de température et de salinité. Sa croissance rapide et sa reproduction efficace lui permettent de coloniser rapidement de nouveaux habitats. De plus, il dispose de peu de prédateurs naturels en Méditerranée, ce qui facilite encore son expansion.
Malgré ces atouts, certaines méthodes de contrôle pourraient s’avérer efficaces. La pêche ciblée, notamment au harpon, est considérée comme une technique prometteuse pour réduire les populations de poisson-lion de manière sélective. Cette approche pourrait permettre de maintenir leur densité en dessous d’un seuil critique, limitant ainsi leur impact sur les écosystèmes locaux. Pouvant atteindre 38 cm de long, le poisson-lion arbore des rayures verticales rouges et blanches, et est doté de longues épines venimeuses pouvant atteindre plusieurs dizaines de centimètres. Ces épines, présentes sur différentes nageoires, constituent un moyen de défense redoutable et représentent un danger potentiel pour les plongeurs et les pêcheurs. Bien qu’il ne soit pas agressif envers l’homme, il est fortement déconseillé de le toucher.
Ce poisson évolue généralement dans des habitats rocheux, à proximité des côtes, ou à de grandes profondeurs. Il est actif principalement pendant certaines périodes de la journée, et passe le reste du temps dissimulé dans des crevasses ou des grottes. Sa capacité à occuper divers types d’habitats contribue à son expansion rapide. Depuis son apparition en Méditerranée au début des années 2010, le poisson-lion a progressivement étendu son aire de répartition. Initialement observé dans des pays comme le Liban et Chypre, il s’est ensuite propagé vers les côtes israéliennes, avant de poursuivre sa progression vers d’autres régions du bassin oriental, notamment la Turquie et la Grèce. Aujourd’hui, il est devenu une espèce courante dans une grande partie de la Méditerranée orientale.
Signalé sur tout le littoral israélien
En Israël, sa présence est désormais signalée tout au long du littoral méditerranéen, où il fréquente principalement les récifs rocheux et les structures artificielles situées à une certaine distance du rivage. Cette implantation généralisée confirme l’ampleur du phénomène et renforce l’urgence d’agir. Face à cette situation, les efforts de recherche et de gestion apparaissent essentiels. La lutte contre les espèces invasives est un défi complexe, qui nécessite une coordination entre scientifiques, autorités et usagers de la mer. Le cas du poisson-lion illustre les enjeux liés à la mondialisation des écosystèmes et à l’impact des activités humaines sur la biodiversité. Des programmes européens incitent les pêcheurs locaux à s’en emparer et les restaurateurs à proposer ce poisson aux clients mais sans garantir que cela suffira à limiter sa propagation. A noter : réunir des données fiables et suffisantes est vital pour prévoir à long terne sa propagation et exige des pays riverains une coopération exceptionnelle urgente quel que soit le contexte politique.
* La conférence a réuni environ 450 chercheurs et étudiants en sciences marines et aquatiques, de tous niveaux d’études, issus des universités, écoles et instituts de recherche israéliens, ainsi que des représentants des secteurs de la protection de la nature, de l’éducation et des instances gouvernementales. Les avancées de la recherche marine et aquatique israélienne ont été présentées lors de 80 conférences scientifiques, réparties en cinq sessions parallèles et affichant complet. Ces conférences ont été complétées par une session d’affichage dynamique présentant environ 70 posters. Une session destinée aux lycéens et étudiants de premier cycle universitaire a également été organisée, avec la participation de représentants du monde académique, de l’industrie et de l’éducation.
Auteur : Esther Amar pour Israël Science Info







