Cellules souches : le Technion ouvre la voie à la restauration tissulaire sans greffe grâce à l’activation de mécanismes naturels

Des chercheurs du Technion ont révélé un mécanisme naturel surprenant par lequel le corps parvient à se réparer : contrairement aux idées reçues, les cellules adultes, pourtant matures et vieillissantes, conservent une capacité extraordinaire à « remonter le temps » et à devenir des cellules souches actives, restaurant ainsi les tissus. Cette découverte remet en question l’idée largement répandue selon laquelle la perte de cellules souches dans les tissus est un processus irréversible qui conduit inévitablement à l’effondrement des tissus et au développement de maladies. Selon ce concept, une restauration significative des tissus endommagés nécessite la transplantation de cellules externes. Les chercheurs du Technion démontrent dans leur article que cette idée est erronée et qu’en réalité, le corps active un mécanisme interne de « reprogrammation » à des fins de réparation.

Dans cette étude menée sur des modèles animaux par le Pr Robbi Shalom-Feuerstein et le Dr Shalini Dimri-Vag de la Faculté de médecine Ruth et Baruch Rappaport, les chercheurs ont utilisé un système innovant permettant de marquer les cellules souches de la cornée transparente de l’œil avec différents colorants fluorescents et de suivre leur activité chez la souris vivante. Ce système permet également la destruction des cellules souches et l’étude de la capacité de régénération du tissu. Le suivi en temps réel de l’activité des cellules souches marquées par des gènes codant pour des protéines fluorescentes est réalisé.

Ces cellules souches, situées à la périphérie de la cornée, se divisent environ deux fois par semaine, produisant de jeunes cellules qui migrent lentement vers le centre de la surface oculaire, tout en vieillissant considérablement lorsqu’elles y parviennent. Les chercheurs ont été surpris de constater que la destruction complète de toutes les cellules souches cornéennes induit une régénération efficace et la création d’une nouvelle population de cellules souches.

« Nous avons découvert avec surprise que la cornée peut se régénérer même après la destruction de toutes ses cellules souches », explique le Pr Shalom-Feuerstein.

« Le processus de réparation tissulaire est encore plus surprenant. Après une blessure, même les cellules matures et vieillissantes subissent une reprogrammation et deviennent des cellules souches fonctionnelles tout au long de la vie, capables de prévenir l’apparition de maladies. Autrement dit, l’organisme possède une capacité étonnante à renouveler son propre stock de cellules souches, une capacité généralement attribuée aux seuls organismes simples, capables par exemple de faire repousser un membre amputé. Cette capacité à régénérer des organes entiers a effectivement disparu chez les êtres complexes comme l’être humain, mais cette étude montre qu’elle demeure partiellement intacte. Cela signifie qu’au lieu de dépendre uniquement des greffes ou des interventions extérieures, nous pourrions à l’avenir activer les mécanismes naturels déjà présents dans l’organisme et les exploiter pour la guérison. »

Les chercheurs ont découvert que les cellules «âgées » se transforment en jeunes cellules semblables à des cellules souches, capables de régénérer la cornée en quelques mois et de prévenir l’apparition de maladies. Les chercheurs ont découvert que le processus de reprogrammation n’est pas qu’un changement temporaire : les nouvelles cellules fonctionnent comme des cellules souches pendant une période très longue et permettent la réparation tissulaire.

De plus, un élément central du mécanisme qui sous-tend ce processus a été mis en évidence : les cellules du système immunitaire, et en particulier les macrophages, qui interviennent sur les sites de lésion pour combattre les bactéries, jouent un rôle essentiel dans l’activation du processus de réparation. En sécrétant des molécules de signalisation, elles stimulent le rajeunissement des cellules vieillissantes et leur transformation en cellules souches.

L’importance potentielle de cette découverte est considérable : la compréhension de ce mécanisme constitue une avancée majeure qui permettra de développer des traitements favorisant la cicatrisation naturelle des tissus en cas de lésion ou de maladie, évitant ainsi le recours aux greffes. Dans des tissus comme la cornée, où la destruction des cellules souches peut entraîner de graves troubles de la vision, voire la cécité, cette perspective revêt une importance clinique considérable.

Les chercheurs soulignent que l’étude a été principalement menée sur des souris, mais les résultats obtenus sur des cellules cornéennes humaines sont encourageants. Ils travaillent actuellement à tester l’existence et l’application de ce mécanisme chez l’humain.

« Il s’agit d’une première étape vers la compréhension d’un processus naturel jusqu’alors inconnu », ajoute la Pr Shalom-Feuerstein. « Le prochain défi consiste à comprendre comment le contrôler et l’exploiter au profit de la médecine régénérative. »

Publication dans Nature Communication 25 avril 2026

Traduction/adaptation Esther Amar pour Israël Science Info