Weizmann : exploiter les mutations qui rendent les tumeurs résistantes afin de combattre le cancer

L’un des stades les plus difficiles du traitement du cancer est lorsqu’une thérapie cesse d’être efficace. Dans de nombreux cancers métastatiques, les médicaments perdent de leur efficacité au fil du temps, car les cellules malignes acquièrent des mutations qui leur permettent de survivre et de se propager. Une étude du laboratoire de la Pr Yardena Samuels à l’Institut Weizmann des Sciences propose une nouvelle approche pour lutter contre la résistance au cancer : exploiter les mutations mêmes qui rendent les tumeurs résistantes afin de combattre le cancer. 

L’étude, publiée dans Cancer Discovery, présente un nouvel outil informatique, SpotNeoMet, qui identifie systématiquement les mutations de résistance aux thérapies communes à de nombreux patients. Ces mutations entraînent la production de fragments protéiques appelés néo-antigènes, spécifiques aux cellules cancéreuses et absents des cellules saines, leur permettant de servir de signaux de reconnaissance pour le système immunitaire. « Les mêmes mutations qui permettent à une tumeur d’échapper à un médicament peuvent devenir son point faible. »

À titre d’exemple, l’équipe, dirigée par les docteurs Nofar Gumpert et Shira Sagie du laboratoire de Samuels, s’est concentrée sur le cancer de la prostate métastatique, une maladie pour laquelle la plupart des patients développent une résistance aux traitements existants. En collaboration avec le centre médical Sheba et le centre médical Hadassah en Israël, ainsi qu’avec des centres médicaux et des universités d’Amérique du Nord et d’Europe, les chercheurs ont identifié trois néo-antigènes qui ont montré des résultats prometteurs lors d’expériences en laboratoire et sur des modèles murins de cancer. Ces découvertes pourraient ouvrir la voie au développement de nouvelles immunothérapies pour le cancer de la prostate résistant aux traitements.

Statistiques scientifiques

Le cancer de la prostate est l’un des cancers les plus fréquents chez l’homme, avec 1 466 680 nouveaux cas et 396 792 décès prévus en 2025. « Nos recherches mettent en évidence un principe général susceptible de transformer notre approche des cancers résistants aux traitements », explique la Pr Samuels. « Les mêmes mutations qui permettent à une tumeur d’échapper à un médicament peuvent, grâce à une immunothérapie ciblée, devenir son point faible. Contrairement aux immunothérapies personnalisées qui doivent être adaptées à chaque patient, ces thérapies pourraient convenir à de larges groupes de patients.»

Les travaux de recherche de la Pr Yardena Samuels sont financés par le Centre intégré de cancérologie Moross ; l’Institut Dwek de recherche sur les thérapies anticancéreuses ; l’Institut EKARD de recherche sur le diagnostic du cancer ; la Banque de tumeurs Weizmann-Brésil ; le Fonds M.E.H. – au nom de Margot et Ernst Hamburger ; et le Fonds de collaboration pour la recherche sur le cancer Jean-Jacques Roboh. La Pr Samuels est titulaire de la chaire professorale de la famille Knell.

Publication dans Cancer Discovery 10 décembre 2025

Source Weizmann

De g. à d. Pr Yardena Samuels, Dr Shira Sagie et Dr Nofar Gumpert