Grâce aux huiles essentielles de cannabis, des chercheurs (Israël, USA, Suède…) ont trouvé comment le camphrier repousse les moustiques

Des soirées d’été à la prévention des maladies à l’échelle mondiale, les répulsifs anti-moustiques constituent une protection quotidienne pour des milliards de personnes. Mais jusqu’à présent, les scientifiques ignoraient comment les moustiques perçoivent ces signaux d’éloignement. Une nouvelle étude a identifié un récepteur olfactif qui permet aux moustiques de détecter l’odeur d’un répulsif et de s’en éloigner. Les chercheurs de l’Université Hébraïque de Jérusalem et d’autres universités ont découvert que l’activation de ce récepteur déclenche une voie neuronale spécifique capable de neutraliser l’attraction des insectes pour les odeurs humaines, induisant ainsi un comportement d’évitement. En cartographiant le mécanisme moléculaire et neuronal sous-jacent à cette réponse, ces découvertes ouvrent la voie à de nouvelles stratégies pour concevoir des répulsifs anti-moustiques plus ciblés et plus efficaces.

Ces connaissances sont particulièrement précieuses pour les chercheurs qui s’efforcent de trouver des alternatives aux répulsifs conventionnels, face aux préoccupations liées à la sécurité, à l’impact environnemental et à la nécessité d’une protection plus durable. En transformant un remède à base de plantes vieux de plusieurs siècles en un modèle neurobiologique moderne, l’étude jette les bases d’une nouvelle génération d’outils de lutte contre les moustiques, fondés sur la façon dont les insectes détectent et réagissent aux odeurs.

Depuis des millénaires, l’humanité utilise des extraits de plantes comme le camphre et le bornéol pour repousser les moustiques, mais le mécanisme biologique à l’origine de leur efficacité restait jusqu’alors obscur. Une nouvelle étude, menée par le Dr Jonathan Bohbot du Département d’entomologie de l’Université hébraïque de Jérusalem, en collaboration avec des chercheurs de l’Université Baylor, de l’Université de Washington, de l’Université de Californie, de l’Université suédoise des sciences agricoles et d’autres partenaires internationaux, a permis d’identifier le récepteur olfactif spécifique qui incite les moustiques à éviter activement le bornéol, un composé naturel présent dans l’huile essentielle de camphrier. Une équipe de recherche internationale a découvert qu’un récepteur olfactif hautement conservé, appelé OR49, est finement sensible à la détection du bornéol chez plusieurs espèces de moustiques importantes, notamment Aedes aegypti et Culex, vecteurs de maladies telles que la dengue, le Zika et le virus du Nil occidental.

L’activation de ce récepteur déclenche une voie neuronale qui conduit les moustiques à éviter la source de l’odeur. Grâce au génie génétique, combiné à des enregistrements électrophysiologiques, à l’imagerie cérébrale et à des expériences comportementales, les chercheurs ont démontré que le bornéol active un neurone sensoriel spécialisé dans le palpe maxillaire du moustique, un organe essentiel à la détection de l’hôte. Ce neurone est notamment situé à proximité des neurones d’attraction du palpe, ceux qui permettent aux moustiques de localiser les humains en détectant le dioxyde de carbone et d’autres odeurs corporelles, révélant ainsi une architecture neuronale intégrée qui combine signaux de répulsion et indices de recherche d’hôte. Afin d’identifier plus rapidement les activateurs naturels les plus pertinents de cette voie, l’équipe s’est tournée vers une source inattendue : l’huile essentielle de cannabis.

En criblant et en fractionnant plusieurs préparations d’huile de cannabis et en utilisant l’activation du récepteur OR49 comme indicateur biologique pour guider la purification, les chercheurs ont établi un lien entre des mélanges végétaux complexes et des constituants spécifiques actifs sur le comportement des moustiques. Ils ont ainsi identifié le bornéol comme le plus puissant activateur du récepteur OR49 dans cette étude, établissant un lien direct entre la chimie de la plante et une cible sensorielle précise chez le moustique. Comprendre comment les moustiques détectent les odeurs répulsives et y réagissent est particulièrement important face à la résistance croissante aux répulsifs chimiques conventionnels et aux préoccupations grandissantes concernant leurs impacts environnementaux et sanitaires. Cibler le système sensoriel propre au moustique pourrait permettre aux chercheurs de développer des répulsifs plus précis, plus durables et potentiellement moins nocifs pour l’homme et les écosystèmes.

Des tests comportementaux ont confirmé la pertinence concrète de ces résultats : les moustiques exposés au bornéol étaient nettement moins susceptibles de s’approcher de la peau humaine et y passaient beaucoup moins de temps. Lorsque le récepteur OR49 était génétiquement désactivé, les moustiques ne réagissaient plus au bornéol, démontrant ainsi que ce récepteur est essentiel à l’effet répulsif. « Ces résultats expliquent, aux niveaux moléculaire et neuronal, pourquoi le bornéol est utilisé comme répulsif contre les moustiques depuis des millénaires », a déclaré le Dr Bohbot. En identifiant précisément le récepteur impliqué, nous pouvons concevoir des répulsifs plus ciblés et potentiellement plus sûrs, exploitant le système sensoriel du moustique.

Ces découvertes établissent également un lien entre la neurogénétique de pointe et l’histoire humaine : les matières riches en camphre et en bornéol, provenant de Bornéo, étaient commercialisées en Chine puis transportées vers l’ouest le long de la Route maritime de la Soie pour leur parfum, leurs vertus médicinales et leur effet insectifuge. La voie Or49, nouvellement identifiée, contribue à expliquer la réputation durable de ces plantes à travers les siècles. Au-delà de ses implications pratiques, cette étude apporte un nouvel éclairage sur la manière dont les moustiques intègrent les signaux sensoriels contradictoires provenant des humains et des plantes, influençant ainsi leur comportement de recherche d’hôtes.

Publication dans Nature

Traduit et adapté par Esther Amar pour Israël Science Info