Suivi des terres en Afrique : la mission climatique du laboratoire mobile Weizmann (Israël) va changer la donne

Les paysages africains se transforment plus rapidement que presque partout ailleurs sur Terre, et pourtant, le continent reste l’une des plus grandes zones d’ombre en matière d’observation climatique. Mais une expédition scientifique unique veut changer la donne. Après un périple maritime de plusieurs mois autour du continent, le laboratoire mobile de recherche sur la biosphère et l’atmosphère de l’Institut Weizmann, entièrement équipé, s’apprête à fouler le sol africain, lançant une campagne ambitieuse pour mesurer comment les changements d’affectation des terres remodèlent les cycles du carbone, de l’eau et de l’énergie dans la région. Dirigée par le Pr Dan Yakir, le Dr Eyal Rotenberg, le Dr Dan Elhanati et leur équipe d’étudiants et de postdoctorants, la mission apporte des données scientifiques de pointe sur le climat directement dans des zones où il n’existe pratiquement aucune mesure au sol, offrant ainsi une perspective rare sur les environnements en pleine mutation de l’Afrique de l’Est.
Laboratoire mobile de recherche sur la biosphère et l’atmosphère
Ce déploiement fait suite à une phase de préparation intensive de plus d’un an, durant laquelle l’équipe a procédé à une refonte complète des systèmes, à l’étalonnage des instruments et à la planification logistique du transport maritime et des opérations sur le terrain. Installé dans un camion, le laboratoire permet des mesures de haute précision sur divers types de couverture terrestre, offrant une opportunité sans précédent de caractériser les interactions sol-atmosphère dans des régions où les données ont longtemps été rares. Au cours de cette campagne, le laboratoire mobile effectuera diverses mesures à l’aide d’une série d’instruments de haute précision. Parmi ceux-ci figurent un système de covariance des turbulences pour la mesure continue des flux turbulents, des analyseurs de gaz pour le CO₂, le CH₄, le H₂O et les gaz traces liés aux incendies, des capteurs de rayonnement pour l’évaluation des composantes du bilan énergétique de surface et des capteurs météorologiques montés sur un mât extensible. Cette station, unique contribution israélienne au réseau mondial FLUXNET, un réseau de scientifiques régionaux spécialistes du système terrestre, a déjà apporté des contributions essentielles à la compréhension du changement climatique mondial, publiées dans des revues scientifiques de premier plan.
Un itinéraire de recherche à travers le gradient climatique africain
La première phase de la campagne, qui débutera mi-janvier 2026, se concentrera sur le Kenya, région caractérisée par l’un des gradients climatiques et écologiques les plus marqués d’Afrique de l’Est. Le Pr Yakir explique l’importance de ce dispositif : « L’utilisation et la couverture des sols évoluent considérablement sous l’effet du changement climatique, de la croissance démographique et des nouvelles pratiques de gestion. Il est essentiel de pouvoir prédire les conséquences de ces changements sur le stockage du carbone et la productivité des cultures, la disponibilité en eau et les conditions environnementales.» En déployant le laboratoire mobile le long du gradient au Kenya, le projet permettra de mesurer directement l’influence des différents régimes d’utilisation des sols sur le potentiel de séquestration du carbone, les échanges de vapeur d’eau et la répartition de l’énergie en surface. Dans les régions agricoles, par exemple, les modifications de la structure de la végétation et de l’albédo peuvent altérer les flux de chaleur ; dans les zones arbustives, la variabilité des précipitations et de l’humidité du sol détermine les réponses biophysiques ; et dans les savanes, les incendies induisent des signatures atmosphériques spécifiques, détectables par la mesure des gaz et des aérosols (fines particules en suspension dans l’air). S’appuyant sur le transect kenyan, le laboratoire poursuivra sa mission de deux ans en se déplaçant vers le sud à travers l’Afrique de l’Est. Il étudiera l’un des gradients environnementaux les plus marquants de la planète, en analysant comment le climat, la végétation, les pratiques agricoles et les régimes d’incendies influencent le climat et l’atmosphère.
Il en résultera l’ensemble de données le plus vaste et le plus précis jamais collecté dans cette partie de l’Afrique, constituant un élément essentiel pour les futurs modèles climatiques, le calibrage des satellites et les stratégies de gestion durable des terres. Cette expédition de recherche de longue durée apporte une présence scientifique et des mesures professionnelles à une région où des informations fiables sur le terrain sont nécessaires de toute urgence. En déployant des capacités de mesure avancées directement sur le terrain en Afrique, l’équipe Weizmann contribue à combler l’une des plus importantes lacunes en matière de données sur le système climatique mondial, ce qui permettra de mieux comprendre l’avenir du continent et ses conséquences potentielles pour la planète.
Le projet est mené en collaboration avec des institutions de recherche locales, notamment la station de recherche de Taita Hills (Université d’Helsinki) et le centre Mazingira à Nairobi, l’Université d’agriculture de Sokoine en Tanzanie, l’Université du Botswana, ainsi que des partenaires, et dans les autres pays situés le long du transect d’Afrique de l’Est. Ces collaborations soutiennent la coordination logistique, l’intégration des données et la capacité de surveillance à long terme.
Traduction adaptation par Esther Amar pour Israël Science Info







