Université de Haïfa : la marée noire de 2021 a affecté bien plus d’espèces marines que ce que l’on pensait

Selon l’Université de Haïfa, la marée noire « Tar in the Storm » (Goudron dans la tempête), qui a touché le littoral méditerranéen israélien en février 2021, aurait affecté bien plus d’espèces marines que ne le laissaient supposer les observations. Le modèle mis au point par les chercheurs a estimé que, dans la zone où les concentrations de pollution étaient les plus élevées, jusqu’à 75,4 % des espèces vivant dans les couches supérieures de l’eau ont pu être exposées à des niveaux de substances toxiques associés à des effets nocifs, voire mortels.* Cette nouvelle étude menée à l’Université de Haïfa à la suite de la marée noire en Méditerranée a révélé que dans la zone où les concentrations de pollution étaient les plus élevées, jusqu’à 75,4 % des principales espèces vivant dans les couches supérieures de l’eau ont été exposées à des concentrations de substances toxiques dérivées du pétrole, associées à des effets nocifs, voire mortels. L’étude s’est penchée sur l’événement . Pour la première fois, l’étude a combiné un modèle estimant la sensibilité des espèces marines aux substances toxiques du pétrole avec un modèle reconstituant la propagation de la nappe de pétrole en mer durant l’événement.

« Lorsqu’une pollution est évaluée uniquement sur la base des animaux retrouvés morts ou couverts de goudron, une grande partie des dommages potentiels pour l’écosystème marin risque d’être ignorée. Les petites espèces et les organismes aux stades précoces de leur développement peuvent subir des dommages sous la surface de l’eau sans laisser de traces immédiates ou visibles », a déclaré le Dr Igal Berenshtein, de l’École des sciences marines Leon H. Charney de l’Université de Haïfa et l’un des auteurs de l’étude. En février 2021, l’ensemble du littoral méditerranéen d’Israël, s’étendant sur environ 190 kilomètres, a été contaminé par du pétrole et du goudron provenant d’un déversement survenu en dehors des eaux territoriales israéliennes. Bien que cet événement soit considéré comme l’un des incidents de pollution marine les plus graves jamais survenus dans la région, aucune évaluation complète des risques encourus par les différentes espèces de l’écosystème marin n’avait été réalisée jusqu’à présent.

Dans le cadre de cette étude, le doctorant Omri Lapidot et le Dr Berenshtein — responsable du Laboratoire d’écologie marine et de santé environnementale au sein du Département de biologie marine de l’Université de Haïfa — ​​ont entrepris, avec une équipe de chercheurs issus de l’École des sciences marines Leon H. Charney (Université de Haïfa), de l’Institut de recherche océanographique et limnologique d’Israël, du Service météorologique d’Israël, de l’Université de Miami et de l’Université de Tel-Aviv, d’examiner comment évaluer le risque encouru par diverses espèces marines lors d’une pollution pétrolière, même en l’absence d’informations directes sur la sensibilité de chaque espèce aux substances toxiques contenues dans le pétrole.

À cette fin, les chercheurs ont mis au point un nouveau modèle capable d’estimer la sensibilité des espèces marines aux hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) — un groupe de composés toxiques présents dans le pétrole brut — même lorsque aucune donnée de toxicité directe n’est disponible pour ces espèces. Le modèle fonde ses estimations sur des données relatives à des espèces biologiquement apparentées, tout en tenant compte du stade de développement de chaque espèce et de sa position dans la chaîne alimentaire. Pour élaborer ce modèle, les chercheurs ont compilé des données de toxicité issues de la littérature scientifique ainsi que d’une base de données créée à la suite de la marée noire de Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique. Après avoir évalué les performances du modèle, ils l’ont couplé à une simulation reconstituant le déplacement du pétrole sur une période de 18 jours, en s’appuyant sur des données concernant les courants marins, les vents, la température et la salinité. Les résultats de l’étude montrent que le modèle développé par les chercheurs a permis d’estimer les concentrations auxquelles environ 88 % des espèces incluses dans l’analyse seraient affectées par les substances toxiques.

Dans la zone où les concentrations de polluants étaient les plus élevées, environ 75 % de l’ensemble des espèces étudiées (soit 46 espèces) ont été exposées à des niveaux de pollution associés à des effets nocifs, voire létaux. Pour la concentration la plus élevée examinée, le modèle a révélé un risque d’atteinte pour 28 des 31 espèces de poissons, 10 des 11 espèces de crustacés planctoniques et les 5 espèces de gastéropodes incluses dans l’analyse. L’étude a également mis en évidence qu’à mesure que l’on s’éloignait de la zone de pollution principale et que les concentrations de substances toxiques diminuaient, la proportion d’espèces affectées baissait en conséquence.

Les chercheurs soulignent qu’il s’agit d’une évaluation des risques fondée sur un modèle et non d’une mesure directe de la mortalité. « L’avantage de ce modèle réside dans sa capacité à identifier à l’avance les zones où les dommages écologiques les plus graves sont susceptibles de se produire ainsi que les espèces menacées. Il permet de passer d’une évaluation générale de la propagation d’une nappe de pétrole à une évaluation ciblée des risques encourus par les espèces présentes dans chaque zone. Ces informations peuvent aider les autorités à décider rapidement où effectuer des prélèvements, où déployer des équipes de surveillance et comment hiérarchiser les interventions lors de futurs épisodes de pollution », a déclaré l’étudiant en doctorat Omri Lapidot.

Publication dans Marine Pollution Bulletin,

Traduction et adaptation Esther Amar pour Israël Science Info