La disparition des récifs coralliens menace la nature, les moyens de subsistance et la santé de centaines de millions de personnes

Zavit. Les récifs coralliens, considérés comme les écosystèmes les plus beaux et les plus riches des mers, forment un monde sous-marin coloré, peuplé de milliers de créatures dans des eaux cristalline. Ils abritent des milliers d’espèces de coraux et d’autres créatures, des immenses bancs de poissons multicolores aux escargots, palourdes, oursins, vers et éponges. En termes de richesse biologique, ils sont comparables aux forêts tropicales terrestres.
Aujourd’hui, cette merveille naturelle est en grave danger existentiel. De fait, de tous les écosystèmes marins, les récifs coralliens sont les plus endommagés et sont donc surnommés le «canari dans la mine ». À l’instar de l’oiseau qui avertissait les mineurs du danger des gaz toxiques, les récifs nous alertent sur la crise climatique.
La symbiose entre les coraux et les algues et le mécanisme qui leur permet de prospérer dans les « déserts » marins.
Les coraux sont des créatures primitives appartenant à l’ordre des Astéracées, qui comprend également les méduses. Leur singularité réside dans leur capacité à construire un squelette de calcaire dur à partir du minéral aragonite. Autrement dit, les coraux sont les bâtisseurs de l’infrastructure de tout cet écosystème. Les structures géantes des récifs sont créées par des colonies denses de coraux qui, en créant ces squelettes, tissent tout ce riche tissu écologique dont dépend leur existence. Les récifs coralliens prospèrent dans les eaux peu profondes des zones tropicales et subtropicales, en bordure des continents ou autour des îles. Ces récifs sont des « déserts » car ils parviennent à survivre dans un océan pauvre en nutriments grâce à une collaboration extraordinaire : de minuscules algues symbiotiques vivant à l’intérieur des coraux effectuent la photosynthèse et leur fournissent ainsi des sucres. De plus, les coraux capturent le plancton (organismes transportés par les courants marins) grâce à leurs tentacules. Cette combinaison leur permet de prospérer dans une mer pauvre en nutriments. Les récifs coralliens figurent parmi les premiers écosystèmes à être si gravement touchés par le réchauffement climatique. Les coraux sont très sensibles à l’élévation de la température de l’eau : lorsque la mer se réchauffe, les algues symbiotiques, principale source de nourriture du corail, l’abandonnent. Ce processus, appelé « blanchiment », se traduit par la perte de couleur et de la capacité fonctionnelle du corail. Une augmentation de seulement 2 à 3 °C pendant sept jours ou plus suffit à provoquer un blanchissement généralisé. Des épisodes de blanchissement sévères se produisent depuis les années 1980 et s’aggravent : plus de 50 % des coraux de la planète ont déjà disparu. La Grande Barrière de corail, en Australie, longue de 1 200 km, a perdu plus de la moitié de ses coraux. L’acidification des océans et ses conséquences sur la formation du squelette calcaire des coraux Outre le réchauffement climatique, une autre menace plane : l’acidification des océans. Ce phénomène est également dû à l’augmentation de la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, qui entraîne une hausse de sa concentration dans l’eau. Le dioxyde de carbone réagit avec l’eau de mer, provoquant une augmentation de l’acidité marine et affectant directement la capacité des coraux à construire leur squelette calcaire. Des études montrent qu’à une concentration de 380 ppm (parties par million) de dioxyde de carbone, le taux de formation du squelette diminue de 60 à 80 % par rapport à sa capacité initiale. Aujourd’hui, la concentration atteint près de 420 ppm et, à 450 ppm, ce taux chutera à 20-40 %. Si la concentration de dioxyde de carbone double par rapport à l’ère préindustrielle, les coraux cesseront de construire leur squelette et les récifs coralliens fondront.
Que faire face à une catastrophe écologique majeure ? À court terme : nous souhaitons préserver les récifs coralliens aussi longtemps qu’ils existeront. À long terme : les options sont très limitées. Il est proposé de préserver les coraux dans des installations contrôlées comme l’Observatoire sous-marin d’Eilat, ou de tenter de les transplanter dans des zones plus froides. Bien qu’ils y poussent plus lentement, cette solution reste préférable à leur survie dans les zones chaudes. Le réchauffement climatique est trop rapide et les coraux sont incapables de s’adapter. Les récifs blanchis peuvent-ils se rétablir ? Rarement, si le blanchissement a eu lieu dans des eaux relativement froides, les coraux peuvent se rétablir, mais le plus souvent, ils meurent. Même en réduisant drastiquement les émissions de dioxyde de carbone, la température de la mer continuera d’augmenter, car le changement climatique est déjà amorcé. Seul un refroidissement massif de l’atmosphère peut permettre un rétablissement significatif. L’effondrement des récifs : une menace pour la sécurité alimentaire, les moyens de subsistance de millions de personnes et l’industrie du tourisme marin. Outre les dommages causés à la nature, l’impact sur l’humanité est dévastateur. Des centaines de millions de personnes vivent de la pêche et du tourisme à proximité des récifs coralliens. Lorsque les récifs coralliens disparaissent, les poissons s’évanouissent, ce qui affecte gravement l’alimentation et les moyens de subsistance de communautés entières. De plus, sur de nombreuses îles océaniques, comme les Maldives, les récifs servent de brise-lames contre les tempêtes. Sans eux, des communautés entières seraient contraintes de chercher refuge. Autrefois, on espérait que l’évolution permettrait aux coraux de s’adapter rapidement à cette nouvelle situation, mais cet espoir ne s’est pas concrétisé. On a certes observé de rares cas de coraux survivant dans des environnements riches en dioxyde de carbone, mais il s’agit de petites colonies appauvries qui ne constituent pas de véritables récifs. Les coraux n’ont pas eu le temps de s’adapter à ces changements dramatiques et rapides. Le message est clair : les récifs coralliens sont bel et bien le signal d’alarme du changement climatique, et leur fonte nous avertit de ce qui nous attend si nous n’agissons pas rapidement et avec détermination.
Le Pr Jonathan Erez est professeur de sciences marines à l’Institut des sciences de la Terre de l’Université hébraïque de Jérusalem. Spécialiste des coraux et des récifs et membre du Forum sur les sciences du climat et des sciences créé dans le but d’établir un lien efficace entre la recherche scientifique sur la crise climatique, les décideurs et les médias.
Source Zavit
Traduit et adapté par Esther Amar pour Israël Science Info





