UHJ (Israël) : ce qu’enseigne le dernier âge interglaciaire sur le réchauffement climatique

En recoupant des archives géologiques anciennes avec des simulations climatiques de pointe, des chercheurs ont identifié une augmentation de 20 % des précipitations au Levant lors du pic du dernière période interglaciaire. L’étude révèle que cette augmentation des précipitations était due à un changement thermodynamique : une atmosphère plus chaude contenait davantage d’humidité, laquelle était ensuite déversée dans le désert par l’intensification des dépressions de la mer Rouge. Ces résultats suggèrent que ces phénomènes météorologiques localisés et intenses ont transformé le Levant méridional aride en une voie de migration viable pour les premiers humains quittant l’Afrique. Pour les habitants actuels du Levant, la dépression de la mer Rouge provoque généralement une brève transition poussiéreuse entre les saisons. Mais il y a 127 000 ans, ce même phénomène météorologique a peut-être été la clé de voûte de l’histoire humaine.

Une nouvelle étude menée par Efraim Bril, doctorant, le Pr Adi Torfstein et le Dr Assaf Hochman de l’Institut des sciences de la Terre de l’Université hébraïque de Jérusalem révèle que lors du pic du dernier interglaciaire (LIG), le Levant n’était pas seulement une zone aride entre les continents, mais une région dynamique caractérisée par des conditions relativement humides, alimentées par des pluies intenses et localisées. Ce changement climatique ancien a probablement fourni les ressources en eau nécessaires à la migration réussie des premiers humains hors d’Afrique. Le dernier interglaciaire (il y a environ 129 000 à 116 000 ans) fut une période de réchauffement global, avec des niveaux de la mer et des températures plus élevés qu’aujourd’hui. Bien que la région ait été généralement aride, des indices géologiques, allant des carottes de sédiments de la mer Morte aux anciennes formations de grottes du Néguev, témoignent de brèves phases extrêmement humides.

« Les reconstitutions basées sur des indicateurs indirects montrent que lors du pic du LIG, le sud du Levant a connu des conditions relativement plus humides », notent les chercheurs. Mais comment un désert a-t-il pu soudainement recevoir suffisamment d’eau pour permettre une migration humaine ? Pour répondre à cette question, Efraim Bril et d’autres chercheurs ont utilisé des modèles climatiques avancés (PMIP4) afin de simuler le comportement des systèmes météorologiques chargés de précipitations il y a 127 000 ans. Ils se sont concentrés sur les deux principaux systèmes qui régissent encore nos précipitations aujourd’hui :

Les dépressions de Chypre : les tempêtes hivernales qui apportent la majeure partie des précipitations annuelles d’Israël depuis la Méditerranée.

Les creux de la mer Rouge : des systèmes qui atteignent généralement leur apogée en automne et qui peuvent puiser l’humidité des tropiques.

L’étude a révélé que lors du pic de l’interglaciaire, ces systèmes étaient environ 20 % plus productifs qu’aujourd’hui. La découverte la plus frappante concerne le Levant méridional. Alors que le nord d’Israël et le Liban bénéficiaient de davantage de pluies hivernales grâce aux dépressions de Chypre, le sud aride (Eilat, le Néguev…) dépendait d’un creux de la mer Rouge particulièrement puissant. Les chercheurs ont découvert que cela n’était pas nécessairement dû à une plus grande fréquence de ces tempêtes, mais à leurs caractéristiques physiques différentes.

En clair, le Levant antique est devenu plus humide car une atmosphère plus chaude agit comme une éponge plus grande. Au plus fort de la dernière période interglaciaire, des températures nettement plus élevées, surtout en été, ont accru la capacité de l’air à contenir de la vapeur d’eau. Lorsqu’une dépression de la mer Rouge traversait la région au cours de l’année, elle avait accès à un réservoir d’humidité atmosphérique bien plus important qu’aujourd’hui. Ce changement physique de l’air, plutôt qu’une simple modification des régimes de vent, fut la principale cause des pluies intenses qui ont transformé le désert du sud en un paysage plus viable. Au-delà de la simple curiosité historique, cette recherche offre un éclairage essentiel sur notre avenir. Face au réchauffement climatique actuel, comprendre comment la variabilité naturelle a autrefois façonné le bilan hydrique du Levant est crucial pour prévoir les impacts climatiques futurs.

L’étude souligne que même dans une région généralement sèche, certains types de phénomènes météorologiques peuvent devenir beaucoup plus intenses en raison de la hausse des températures, une tendance que nous commençons peut-être déjà à observer dans les projections du XXIe siècle. En intégrant des indicateurs géologiques anciens à une modélisation de pointe, Efraim Bril et l’équipe de chercheurs ont retracé le parcours de nos ancêtres et, peut-être, les défis climatiques auxquels seront confrontés nos descendants.

Institutions qui ont participé à l’étude : Institut Fredy et Nadine Herrmann des sciences de la Terre, Université hébraïque de Jérusalem, Jérusalem, Israël Institut interuniversitaire des sciences marines, Eilat, Israël Centre de médecine climatique et de santé humaine, Institut Gertner, Centre médical Sheba, Ramat Gan, Israël.

Publiée dans la revue Climate of the Past, 1é2février 2026

Traduit et adapté par Esther Amar pour Israël Science Info