Le prix Coller-Dolittle de l’Université de Tel-Aviv décerné à une chercheuse ayant prouvé que les oiseaux comprennent le sens des sons

Le Prix Coller-Dolittle pour la communication entre les espèces, collaboration de la Fondation Jeremy Coller et de l’Université de Tel-Aviv, d’un montant de 100 000$, a été décerné pour 2026 au Dr. Julie Elie de l’Université de Californie à Berkeley qui a réussi à démontrer que le diamant mandarin, espèce d’oiseau très loquace, interprète les sons selon leur contexte et leur contenu, et non selon leur structure acoustique. Une découverte qui accélère le processus vers une véritable communication bidirectionnelle entre humains et animaux, but ultime du Prix.

Au moyen d’une combinaison sophistiquée d’intelligence artificielle, d’apprentissage automatique et d’observations comportementales détaillées, le Dr. Julie Elie et son équipe ont réussi à créer un dictionnaire » spécial basé sur des caractéristiques acoustiques des vocalisations du diamant mandarin, un petit passereau très sociable et bavard. Le dictionnaire recense 11 catégories ou types de sons, associés à des significations vitales telles que l’agression, la faim ou la recherche d’un lien social.

Pour vérifier si les oiseaux adhéraient à sa classification, le Dr. Elie a poussé plus loin ses recherches : elle a entraîné des diamants mandarins à appuyer sur des boutons diffusant les différents types de sons. Chaque jour, un son différent était récompensé avec des graines. Les oiseaux ont rapidement appris quel type de chant était récompensé, attendant patiemment leur récompense, et interrompant immédiatement la diffusion des autres sons.

Mais la véritable percée scientifique est survenue grâce aux erreurs commises par les oiseaux. En analysant les cas où les oiseaux s’étaient trompés pour identifier le son récompensé, les chercheurs ont fait une découverte édifiante : les oiseaux ont confondu uniquement des cris ayant une signification similaire, même s’ils avaient une sonorité totalement différente.

Par exemple, ils ont confondu des cris de contact à longue distance et des cris de contact à courte distance, pourtant très différents sur le plan acoustique. En revanche, ils n’ont jamais confondu un cri de contact à courte distance avec un cri d’alarme à courte distance, dont les schémas acoustiques sont très similaires mais les significations totalement distinctes.

Conclusion : l’étude révèle que la perception des cris suscite dans le cerveau des oiseaux une représentation mentale de contenu et de signification, plutôt que de déclencher une réaction automatique ou un réflexe acoustique.

Le prix a été remis lors d’une cérémonie festive le 25 juin, en présence de quatre équipes de finalistes originaires des États-Unis, de France et de Suisse, qui ont présenté de remarquables découvertes, sur la communication avec les souris rayées africaines, les chimpanzés et les bonobos. Les outils d’IA ont joué un rôle central dans les travaux des finalistes, leur permettant d’analyser des bases de données géantes à une vitesse record, et de décoder des schémas bioacoustiques inaudibles pour l’oreille humaine.

« Nos travaux montrent que les découvertes scientifiques les plus passionnantes naissent souvent d’erreurs », a remarqué le Dr. Julie Elie. « Interroger les diamants mandarins sur leurs vocalisations a été pour nous une expérience fascinante. Mais il reste encore beaucoup à faire. La prochaine étape consistera à coordonner les informations acoustiques et visuelles. Je suis impatiente de voir se développer des robots capables d’imiter les mouvements des animaux. Mais en attendant, je suis heureuse d’avoir été reconnue par le comité Coller Dolittle pour la contribution de notre équipe à la communication inter-espèces bidirectionnelle. Je suis reconnaissante à tous ceux qui ont contribué à ce projet et à la Fondation Jeremy Coller ».

Des « mots » aux « phrases » chez les animaux

Le Prof. Yossi Yovel du Département de zoologie et de l’Ecole des neurosciences de l’Université de Tel Aviv, président du Défi Coller-Dolittle, a résumé : « Les finalistes de cette année ont encore rehaussé le niveau scientifique de la compétition. Nous avons constaté une transition nette de l’étude des « mots » isolés des animaux à celle de leurs « phrases ». Les recherches du Dr. Julie Elie ont excellé dans tous les domaines. Son étude ne se limite pas au décodage de la communication du diamant mandarin, mais s’attache à déterminer si les schémas identifiés par les scientifiques sont réellement pertinents et significatifs pour les oiseaux eux-mêmes. Elle nous met sur la bonne voie pour progresser rapidement vers une communication inter-espèces bidirectionnelle ».

Jeremy Coller, initiateur de la Fondation, a clôturé l’évènement avec optimisme : « Félicitations au Dr. Julie Elie, lauréate amplement méritée du prix de cette année. Des primates aux rongeurs, de la forêt amazonienne aux déserts, sur terre comme dans les airs, tous nos finalistes d’aujourd’hui repoussent les frontières de la communication animale. Bien que l’objectif ultime d’une véritable communication bidirectionnelle demeure encore lointain, les scientifiques nous rapprochent un peu plus de ce qui, j’en suis convaincu, n’est depuis longtemps plus une vision de l’esprit, mais juste une question de temps. L’intelligence artificielle progresse à un rythme si rapide que je suis certain que nous percerons le mystère d’ici 2030, une avancée majeure qui profitera tant aux humains qu’à nos amis les bêtes et leur donnera enfin une voix ».

Organisé en collaboration entre l’Université de Tel-Aviv et la Fondation Coller, le prix Coller Dolittle (Coller-Dolittle Challenge) est un concours qui offre un prix annuel de 100 000 $ pour récompenser les découvertes scientifiques majeures contribuant à la communication inter-espèces.

Un Grand Prix de 10 millions de dollars sera attribué à l’équipe qui parviendra à établir une véritable communication bidirectionnelle entre humains et animaux.

Source : Amis français de l’université de Tel-Aviv