Tel Shiqmona (royaume d’Israël) : au VIIIe siècle avant notre ère, un petit complexe de production répondait aux besoins toute l’année

Une nouvelle étude menée à l’Université de Haïfa a révélé que les espaces de travail d’un petit complexe fortifié destiné à la production de teinture pourpre, situé à Tel Shiqmona, n’étaient pas réservés à une activité unique et fixe. Il semble que ces lieux demeurent servis, à différentes périodes, au pressurage des olives, à l’élevage d’animaux et à la production de teinture pourpre. Dans l’un des espaces, les chercheurs ont également mis au jour des traces d’activités liées au textile. Ils révèlent que cette alternance d’activités permettait d’optimiser l’utilisation de l’espace, de la main-d’œuvre et des ressources tout au long de l’année, témoignant ainsi d’une planification et d’une certaine flexible dans la gestion de cet atout économique majeur du royaume d’Israël. Plus largement, ces résultats montrent que les installations et autres vestiges d’envergure identifiés lors des fouilles peuvent ne refléter que l’activité ayant laissé les traces les plus visibles, occultant l’histoire complète de l’utilisation de l’espace au fil des saisons. « Lorsque les archéologues découvrent un pressoir à olives, la tendance naturelle est d’affirmer : On y produisait de l’huile d’olive ». Or, la récolte des olives ne s’étend que sur une période relativement courte à la fin de l’automne. Pour comprendre comment l’espace était réellement utilisé, il faut donc se demander quelles activités s’y déroulaient le reste de l’année », explique le Dr Golan Shalvi, qui a dirigé les fouilles de Tel Shiqmona en 2023.
Tel Shiqmona était un petit site industriel fortifié situé sur la côte du Carmel ; il a fonctionné aux IXe et VIIIe siècles avant notre ère en tant que centre économique important sous le contrôle du royaume d’Israël. Le site est considéré comme la plus vaste fabrique de teinture pourpre connue pour l’âge du fer dans le bassin méditerranéen. Des fouilles ont été menées sur le site dans les années 1960 et 1970, puis entre 2011 et 2013. Le site recèle la plus grande concentration au monde de vestiges liés à la production de teinture pourpre, soit plus de 170 objets, dont la plupart portent des traces de la teinture elle-même. Ces découvertes comprennent les restes de dizaines de cuves en céramique servant à la production et à l’application de la teinture, chacune d’une capacité d’environ 350 litres. Les fouilles ont également mis au jour les bâtiments et les installations de production, sans toutefois permettre de reconstituer l’évolution de leur usage au fil du temps. Dans le cadre de la présente étude, les chercheurs ayant fouillé le site, le Dr Golan Shalvi, Sonia Pinsky et le Pr Ayelet Gilboa, de l’Institut d’archéologie Zinman de l’Université de Haïfa, ont cherché à combiner leurs travaux avec une analyse microscopique des niveaux d’activité du site, en collaboration avec le Laboratoire de microhistoire environnementale du Département des civilisations maritimes de l’Université de Haïfa, dirigé par le Pr David Friesem et le Dr Roni Zuckerman-Cooper.
Le Dr Isaac Ogloblin-Ramírez et Madeline Jacobson, de l’Institut d’études maritimes Leon Recanati de l’Université de Haïfa, ont analysé en laboratoire les résidus microscopiques d’activité ; ils sont parvenus à identifier les activités exercées dans les espaces de travail de Tel Shiqmona, ainsi que la manière dont ces lieux étaient gérés et entretenus entre les différentes phases d’utilisation. L’étude s’est concentrée sur une couche datant d’environ 790-740 av. J.-C., période correspondante au règne de Jéroboam II et à l’apogée de l’activité industrielle à Tel Shiqmona. Elle s’appuie sur des fouilles réalisées sur le site en 2023 et sur un échantillonnage systématique des sédiments accumulés dans deux espaces de travail. Lors des fouilles, les chercheurs ont prélevé des échantillons de sol dans les différents couches, y compris des blocs de terre intacts. En laboratoire, ils ont examiné ces échantillons par spectroscopie infrarouge à transformé de Fourier (FTIR), une technique permettant d’identifier la composition des matériaux et les traces d’exposition à la chaleur. Ils ont également utilisé un microscope pour étudier les lames minces préparées à partir des échantillons, afin de retracer les processus de formation et d’accumulation des fines strates sédimentaires.
Par ailleurs, ils ont analysé d’infimes vestiges de végétaux, de cendres de bois et de déjections animales. La combinaison des découvertes visibles et microscopiques, ainsi que la localisation précise de chaque échantillon, a permis aux chercheurs de distinguer les différentes activités exercées dans ces espaces et d’identifier les opérations d’entretien effectué entre ces phases d’utilisation. Les résultats de l’étude indiquent que l’un des deux espaces examinés à servi, à différentes époques, au pressurage des olives et à l’élevage d’animaux. Une pierre utilisée pour broyer les olives et un sédiment conservateur des empreintes d’olives ont attesté de l’activité de pressurage, tandis que des résidus microscopiques de déjections animales et des traces de piétinement ont révélé la présence d’un enclos pour animaux. Deux pesons de métier à tisser, retrouvés à leur emplacement d’origine, témoignent d’une activité textile. À proximité, dans le deuxième espace, ont été mis au jour un amas de coquilles de murex broyées, des dizaines de noyaux d’olives non brûlées, un poids de pressoir à olives ainsi que des poteries.
Traduction et adaptation par Esther Amar pour Israël Science Info
Publication dans la revue PLOS ONE 24 septembre 2026







