Reproduction : l’UHJ montre que les coraux possèdent une horloge hormonale étonnamment semblable à la nôtre

Une étude menée pendant trois ans a permis de percer les secrets de la reproduction corallienne, révélant des cycles hormonaux similaires à ceux des humains et d’autres animaux, ainsi qu’une nouvelle méthode pour détecter les signes de détresse des récifs avant qu’il ne soit trop tard. Une fois par an, à un signal précis, les coraux d’un récif libèrent simultanément leurs œufs et leurs spermatozoïdes dans la mer. La reproduction corallienne est l’un des événements les plus spectaculaires de la nature. Pour les récifs, de plus en plus menacés par le réchauffement climatique, la pollution et la surpêche, la synchronisation de ce processus est une question de survie. Mais cette libération de gamètes n’est que l’aboutissement. Ce qui se passe durant les mois qui précèdent ce moment restait jusqu’à présent largement mystérieux.

Une équipe de chercheurs a désormais mis en évidence que les coraux pourraient utiliser des cycles hormonaux semblables à ceux de nombreux animaux, y compris les humains, pour se préparer à la reproduction. Dans cette nouvelle étude, le doctorant Chen Azulay, le Pr Maoz Fine de l’Université hébraïque de Jérusalem et de l’Institut interuniversitaire des sciences marines d’Eilat, ainsi que la Dr Karine Kleinhaus de l’Université Stony Brook, ont suivi l’évolution des hormones reproductives chez les coraux de la mer Rouge pendant trois années consécutives. Leurs résultats révèlent un rythme biologique sous-jacent qui pourrait expliquer comment les coraux coordonnent leur reproduction et comment les scientifiques pourraient détecter le stress reproductif avant que les échecs de ponte ne soient visibles.

« Les coraux se reproduisent avec une précision incroyable, et nous connaissons les signaux environnementaux impliqués », a déclaré Chen Azulay. « Mais nous souhaitions comprendre les signaux internes au sein du corail qui régulent ce cycle. » Les chercheurs se sont concentrés sur *Acropora eurystoma*, un corail constructeur de récifs présent dans le golfe d’Aqaba, une région souvent décrite comme un refuge potentiel face au réchauffement des océans. En échantillonnant les coraux tout au long de leur cycle de reproduction, de 2021 à 2023, l’équipe a établi le premier enregistrement pluriannuel de la dynamique des hormones stéroïdiennes durant le développement des gamètes coralliens.

Les résultats ont surpris l’équipe. Les scientifiques pensaient que les hormones de type œstrogène atteindraient leur pic juste avant la ponte des coraux. Or, les chercheurs ont constaté que les niveaux d’œstrogènes atteignaient leur maximum plusieurs mois plus tôt, dès les premiers stades du développement des œufs, avant de diminuer progressivement à mesure que ceux-ci mûrissaient. Parallèlement, la progestérone est restée relativement stable durant toute la saison de reproduction, mais a connu une forte augmentation plusieurs mois après la ponte, suggérant qu’elle pourrait contribuer au déclenchement du cycle de reproduction suivant.

Autre surprise : la lumière du soleil, et non la chaleur, s’est révélée être le principal facteur influençant ces niveaux hormonaux. Sur les trois années étudiées, la durée du jour et le rayonnement ultraviolet se sont avérés être des indicateurs plus fiables. La présence d’œstrogènes est plus importante que la température de l’eau de mer. À l’heure où le réchauffement des océans est au cœur des préoccupations, cette découverte mérite réflexion. « Pendant des décennies, les chercheurs se sont principalement intéressés au moment précis de la ponte », explique la Dre Karine Kleinhaus. « Mais tout un processus se déroule en amont, piloté par ces hormones reproductives bien connues, qu’il est remarquable de retrouver chez les coraux, des animaux si éloignés de nous sur le plan de l’évolution.»

L’équipe a fait une autre découverte surprenante au sein même des colonies de coraux. Si les niveaux d’hormones étaient répartis de manière assez homogène dans toute la colonie, les parties centrales des coraux étaient bien plus susceptibles de contenir des œufs en développement que les zones périphériques en pleine croissance. Cette découverte suggère que les conditions locales au sein d’une colonie, telles que l’âge, les réserves énergétiques ou le stade de développement, pourraient déterminer quels polypes réagissent aux signaux de reproduction. Au-delà de l’avancement de la science fondamentale, ces résultats pourraient avoir des implications pratiques pour la conservation. Face à la pression croissante exercée par le changement climatique sur les récifs coralliens du monde entier, les scientifiques recherchent des moyens de détecter les défaillances reproductives avant qu’elles ne soient visibles. Les profils hormonaux identifiés ici offrent un point de référence pour un cycle de reproduction sain. Ces résultats pourraient servir de base à de futures études visant à comprendre comment la reproduction s’adapte aux changements environnementaux.

« Une reproduction réussie permet aux récifs de se rétablir après des perturbations », explique le Pr Maoz Fine. « Mieux nous comprenons les mécanismes biologiques sous-jacents, mieux nous sommes à même de surveiller et de protéger ces récifs face à l’évolution de leur environnement.» Les chercheurs indiquent que de futures études examineront si des cycles hormonaux similaires se produisent chez d’autres espèces de coraux et dans d’autres régions récifales du monde. Si ces résultats sont confirmés, ces travaux pourraient transformer notre compréhension scientifique de la reproduction corallienne et constituer un nouvel outil précieux pour la conservation des récifs.

Publication dans iScience, 19 juin 2026