Sécurité alimentaire : l’IA et les images des satellites révèlent l’évolution de l’agriculture israélienne

C’est une première ! L’intelligence artificielle et les données spatiales permettent désormais de cartographier les cultures agricoles en Israël et de suivre leur évolution. Ce système innovant, développé durant trois ans par le ministère de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, l’Institut Volcani et l’Université Ben-Gourion du Néguev, révèle une augmentation importante des cultures d’avocats et de vignes. En revanche, les superficies consacrées aux agrumes, aux arbres fruitiers à feuilles caduques et au houmous ont diminué.

Cette technologie repose sur des images satellitaires, des photographies aériennes et des données agricoles provenant de différentes sources. Des dizaines de milliers de parcelles ont servi à entraîner le modèle d’IA. Ce système cartographie automatiquement environ 200 000 parcelles agricoles à travers le pays et d’observer les changements sur le terrain.

Une agriculture en pleine mutation

Une analyse menée par le département stratégie au ministère de l’Agriculture (données 2018 à 2025) montre que la superficie agricole totale, plutôt stable, est d’environ 4,3 millions de dounams, cycles de croissance inclus. Toutefois, les cultures pratiquées ont beaucoup évolué sous l’effet de la demande, des prix du marché, du climat, de la disponibilité des terres et de l’eau, ainsi que de la rentabilité des productions.

Jusqu’ici, le ministère s’appuyait sur des enquêtes coûteuses (plus de deux millions de shekels) réalisées tous les deux ou trois ans et couvrant quelque 60 % des terres agricoles. Selon Erez Osman, directeur de la Division des politiques économiques et des statistiques, « ces limites compliquaient la réaction aux crises et l’élaboration de politiques adaptées. Le nouveau système doit fournir des informations plus fréquentes et précises, comparables à celles d’une application de navigation indiquant l’état du trafic« .

Le système identifie et suit désormais plus de 40 cultures et leur évolution de croissance. Le Dr Ofer Rosenstein, de l’Institut Volcani, souligne que la planification agricole permet de repérer les cultures en expansion ou en recul et d’anticiper les évolutions du marché, du climat et de la gestion de l’eau. L’outil pourrait ainsi soutenir la recherche, la régulation des marchés, l’attribution des aides et des subventions, ainsi que la gestion des ressources. Il devrait également aider les autorités à réagir plus rapidement aux changements tarifaires et aux dégâts causés par les conflits armés. Son accès est prévu pour les agriculteurs, les chercheurs et le grand public.

Pr Tarin Paz-Kagan and Lior Fine

Davantage d’avocats et de vignes, moins d’agrumes

Les résultats montrent une progression des cultures considérées comme plus rentables, notamment les fruits subtropicaux et les vignes. La superficie consacrée aux fruits subtropicaux a augmenté d’environ 40 %, pour atteindre 268 000 dounams. Les avocats enregistrent la hausse la plus marquante : leurs superficies sont passées de 116 000 dounams en 2018 à environ 181 000 l’année dernière, soit une augmentation de 56 %. Les vignes ont progressé de 22 %, passant d’environ 96 000 à 118 000 dounams. Les plantations de dattiers ont également augmenté de 9 %, pour atteindre environ 86 000 dounams. À l’inverse, les superficies consacrées aux arbres fruitiers à feuilles caduques ont diminué de 16 %, celles des agrumes de 14 % et celles des oliviers de 7,4 %. Ces évolutions varient selon les régions et les secteurs. Elles s’expliquent notamment par les changements climatiques, la disponibilité en eau, les coûts de production, les prix agricoles, la demande et la concurrence des importations.

Des terres agricoles laissées en friche

L’analyse a également permis d’identifier environ 160 000 dounams de terres sur lesquelles aucune culture n’a été pratiquée pendant au moins trois années consécutives. Parmi ces superficies, quelque 73 000 dounams se trouvent dans le Néguev. Ces terres ne sont pas nécessairement impropres à l’agriculture. Leur cartographie permet cependant au ministère d’étudier les raisons de leur abandon, les obstacles à leur exploitation et les moyens de les réintégrer à la production. Dans le Néguev, les difficultés sont notamment liées à la disponibilité limitée de l’eau et à la faible fertilité des sols. Le développement des infrastructures hydrauliques et l’utilisation accrue des eaux usées traitées du Shafdan ont néanmoins favorisé l’extension de certaines cultures. Les superficies consacrées au maïs dans la région ont ainsi augmenté d’environ 25 000 dounams.

Houmous, un recul significatif

Les grandes cultures évoluent elles aussi en fonction des conditions économiques et des infrastructures. La superficie consacrée aux pois chiches destinés notamment à la fabrication du houmous a chuté de 77 % pendant la période étudiée. Le recul s’est beaucoup accentué à partir de 2019-2020, notamment en raison de l’augmentation des importations et des prix faibles des produits importés.

Le Bureau central des statistiques, des chercheurs, des organisations agricoles et des agriculteurs s’intéressent déjà au système. Grâce à cette combinaison d’intelligence artificielle et d’imagerie satellitaire, Israël dispose désormais d’un outil permettant de mieux comprendre les transformations de son agriculture. En fournissant des données plus précises et actualisées, il pourrait contribuer à optimiser l’utilisation des terres, à mieux gérer les ressources en eau et à adapter la production agricole aux évolutions économiques et climatiques.

Le Pr Tarin Paz-Kagan, de l’Université Ben-Gourion, et le doctorant Lior Fine ont contribué à ces travaux.

Esther Amar pour Israël Science Info